lundi 26 avril 2010

Elections régionales, des changements en vue ?

Particulier ce mois de mars 2010, avec des élections régionales quasi simultanées en France et en Italie. Dans les deux pays, les régions ont compétence pour les transports régionaux et en particulier sur le ferroviaire. Quels sont les résultats des élections et surtout peut-on espérer des évolutions sur le transport transfrontalier entre nos deux pays ?

Région Piémont

Les résultats de la région Piémont étaient parmi ceux les plus attendus de la péninsule italienne. Le parti de Silvio Berlusconi (Popolo della Libertà) s’est effacé au profit d’un candidat du parti allié la Ligue du Nord, Roberto Cota. Mercedes Bresso (centre gauche) se représentait pour un nouveau mandat. La région est un bastion de la gauche et s’est jusqu’ici traditionnellement dressée contre l’extrême droite.
Roberto Cota a gagné les élections (47,3%) avec moins de 10.000 voix d’avance sur Mercedes Bresso (46,9%).

Programme 2010

Dans son programme, le Président de la région annonce le soutien à la réalisation de la ligne à grande vitesse Turin-Lyon ainsi que celle qui reliera Milan à Gênes. Sont annoncés également des interconnexions entre les réseaux ferrés régionaux.

Bilan

Le bilan de Mercedes Bresso à la tête de la région en terme de transport ferroviaire est plutôt bon dans les infrastructures. En effet, c’est sous sa présidence que s’est réalisée la ligne à grande vitesse vers Milan et le sud de l’Italie. Elle a également tenu bon en maintenant la décision de réaliser la ligne à grande vitesse entre Turin et Lyon, malgré les fortes pressions et manifestations des opposants au projet, réussissant même à obtenir le soutien des PME et PMI locales. En terme de dialogue social, le discours frontal sur l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire régional a été très mal perçu par les cheminots. Elle a déclaré qu’elle laisserait une entreprise étrangère gérer les transports ferroviaires régionaux si elles remplissait les conditions d’attribution du marché, les cheminots seraient alors employés par celle-ci et non plus par Trenitalia. Une déclaration bien évidemment mal perçue.
En ce qui concerne le transport ferroviaire transfrontalier, le bilan est très mauvais avec l’arrêt des liaisons directes entre Nice et Cuneo, et la diminution des TGV vers Paris.

Transports transfrontaliers

Le lancement de la ligne à grande vitesse a bouleversé le paysage ferroviaire italien. Pour les liaisons transfrontalières, Turin souffre de la trop proche distance de Milan qui capte l’essentiel du trafic des trains internationaux vers l’Europe du nord. La situation géographique du Piémont, littéralement au pied des montagnes, n’est certes pas aisée. Encerclée de toute part, le débouché naturel passe par Milan.
Actuellement, la ligne Turin – Modane accueille un trafic essentiellement régional avec pour terminus Bardonecchia ou Susa. Seuls 2 TGV et 2 trains de nuits traversent chaque jour les Alpes, exploités par la société Artesia détenue à moitié par la SNCF et Trenitalia. Il n’existe pas de gare internationale de correspondance entre les trains régionaux français et italiens, comme l’est Vintimille. Ce qui signifie que la liaison ferroviaire transalpine se limite à 4 trains par jour, aucun n’offrant un arrêt au centre ville de Lyon. Les voyageurs de et pour Lyon en direction de Turin ou Milan se lancent donc dans un périple de plusieurs heures entre 2 trains et une correspondance à Chambéry.
En 2006, les régions Piémont et Rhône-Alpes signent une convention pour palier à ce manque et faire circuler un bus TER SNCF direct entre Lyon et Turin en passant par Chambéry, du vendredi au lundi. Cependant, il n’y a aucune publicité pour cette liaison et le personnel en gare italienne rechigne à vendre des places pour ce bus.
Le transport ferroviaire transalpin reste alors suspendu à la réalisation de la ligne à grande vitesse sous les Alpes. La ligne classique actuelle reste très peu exploitée et les TGV Artesia ne passent même pas par la ligne à grande vitesse Milan – Turin, ce qui pourrait entraîner un gain de parcours d’environ 30 minutes.

Au sud, les liaisons vers la Méditerranée sont elles aussi difficiles. Les lignes Turin – Vintimille et Turin – Savone accueillent un trafic régional modeste, exploitant des lignes sous dimensionnées. En effet, la ligne Turin – Vintimille est à voie unique à partir de Fossano et non électrifiée à partir de Limone. La ligne Turin – Savone est électrifiée par en partie en voie unique. Ces caractéristiques techniques entraînent une difficulté d’exploitation. Il faut ajouté à cela la situation particulière du tronçon Limone – Vintimille, rouvert en 1979 et passant en partie sur le territoire français. Il est régulièrement menacé de fermeture, les « Ferrovie dello Stato » déclarant vouloir « coupé la branche morte » d’une ligne déficitaire dont les coûts d’entretiens sont supportés à 70% par Trenitalia. Les différences des systèmes de sécurité entre les deux pays entraînent également des problèmes de circulations entre les deux pays. Les trains directs entre Cuneo et Nice ont été arrêtés fin 2009, sans que les autorités ferroviaires et régionales anticipent cette situation.

Le 2 décembre 2009, les représentants des régions PACA, Ligurie et Piémont, et de RFI et de la SNCF, se sont retrouvés à Turin pour parler de cette situation.
Ils ont évoqué la nécessité de réviser la convention de 1970 entre la France et l’Italie sur cette ligne. Ils ont également exprimés leurs volontés de relancer le trafic transfrontalier, en homologuant rapidement le matériel roulant des eux pays et en proposant des liaisons directes entre Turin et Nice via Breil et via Vintimille.
Ils ont enfin activé un groupe de travail sur la relance de la seconde phase du projet Alcotra CALIPSO (Côte d’Azur, Ligurie, Piémont sans obstacles) et sur la possibilité d’obtenir des financements européens pour l’amélioration de la ligne et son électrification.
Si certains aspects de cette réunion semblent irréalisables, elle aura au moins le mérite d’avoir eu lieu. Cependant, organiser une réunion pour étudier la possibilité de relancer le trafic transfrontalier à 15 jours seulement de son arrêt est un manquement grave de responsabilités de la part des autorités, le tout sur fond d’élections électorales.
Et à présent que les têtes ont changé en PACA (Jean-Yves Petit remplace Gérard Piel en tant que Vice-président délégué aux transports) et en Piémont, que reste-t-il des belles paroles cette réunion ?

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